Inde : « cyber-guerriers » et fakes news aux élections législatives

Durant les six semaines qu’auront duré les gigantesques élections législatives indiennes, scrutin qui s’est terminé dimanche 19 mai, les deux principaux partis en lice auraient eu recours à des comptes automatisés (bots) ou agressifs (trolls) pour bombarder d’infox les quelques 900 millions d’électeurs indiens. Le parti au pouvoir (BJP) et la principale formation d’opposition (le parti du Congrès) auraient mobilisé des armées de « cyber-guerriers » dévolues à la lutte d’influence sur les réseaux sociaux.

Tous les coups autorisés pendant les élections

Les insultes échangées à distance durant le scrutin entre le Premier ministre sortant Narendra Modi et le leader de l’opposition Rahul Gandhi – Gandhi qualifiant Modi de « voleur », ce dernier le surnommant « pappu », qui signifie « idiot » en hindi – ont été instantanément partagées des milliers de fois sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie privée. De même, de faux montages photos montrant un drapeau pakistanais à un meeting de Rahul Gandhi, ou Narendra Modi mangeant avec le Premier ministre pakistanais Imran Khan, font partie des infox débusquées par des experts durant la campagne électorale. Le vote indien cru 2019 a été « une élection basée sur les applications où WhatsApp, ShareChat, Helo, TikTok, Instagram ont été utilisés pour des campagnes de propagande et de désinformation« , explique Sangeeta Mahapatra, chercheuse sur l’Asie au German Institute of Global and Area Studies d’Hambourg.

Des armées de « cyber-guerriers » mobilisées

Le BJP et le Congrès ont employé des centaines de personnes travaillant à plein temps à leur campagne sur les réseaux sociaux. Ces dernières ont été appuyées par des dizaines de milliers de volontaires qui relayaient quotidiennement les messages de leur parti sur les plateformes numériques. Directrice de la stratégie numérique pour le Congrès, Divya Spandana affirmait récemment à nos confrères de l’AFP que son parti possédait 300.000 groupes WhatsApp et pouvait faire parvenir ses messages à 20 millions de personnes chaque jour. Le BJP n’a pas donné de détails sur le nombre de ses « cyber-guerriers », ainsi que les a nommés son président Amit Shah, mais selon la presse indienne le parti aurait eu recours à davantage d’employés et de groupes WhatsApp que le Congrès.

Une Commission électorale quasi-impuissante

Même si les origines de ces fausses informations restent inconnues à ce jour, les experts estiment que la campagne s’est jouée en grande partie sur internet et via les applications de smartphones dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants, de plus en plus connecté. Un phénomène qui a d’ailleurs obligé la commission électorale indienne à être plus vigilante et à demander aux géants d’internet de retirer des centaines de pages ou messages durant le vote. Au final, 637 messages Facebook, 145 messages Twitter, cinq vidéos Youtube et 31 messages WhatsApp auront été effacés. Mais ceux-ci ne constituent qu’une goutte d’eau dans l’océan de fausses informations autour de ce scrutin, estiment les experts. Ce qui a d’ailleurs poussé Sashi Tharoor, un ex-ministre du parti du Congrès, a dénoncé dans un récent éditorial le « danger » que représente le problème des fake news pour la démocratie, craignant que « de nombreux votes soient déposés sur la foi de désinformation« .

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